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mercredi 28 octobre 2009

Gourmandise

Lors d’un bel après-midi d’automne, au sein d’un parc d’attractions fort agréable situé en pleine campagne, me voici attablée, dégustant un café crème, perdue dans mes rêveries. C’est le moment de la pause pour petits et grands. D’aucuns sirotent, d’aucuns grignotent…
En face de moi, un jeune couple, vingt ans tout au plus, prend place avec deux garçons de 14/15 ans, petits frères de la jeune fille. Le jeune tourtereau, avec ses chaussures blanches impeccables, contemple son amie, une jolie fille callipyge, aux formes plantureuses, avec tendresse et appétit. Il la regarde se régaler d’un chocolat chaud – elle n’a besoin de rien d’autre – et observe les deux adolescents, qui eux aussi avalent leur chocolat, pressés de retourner s’amuser dans le parc.
Je suis étonnée du sérieux du jeune couple, de sa façon de se comporter avec les deux plus jeunes, alliant pondération, gentillesse et fermeté. Leur attitude semble en décalage avec leur âge et je me dis que finalement, cette scène est à la fois réconfortante et insolite, en opposition radicale avec la grossièreté de propos entendus de-ci de-là.
Les deux adolescents quittent le couple après un « merci » qui là encore peut surprendre. Le jeune homme chuchote à l’oreille de sa belle et, après un baiser furtif, se rend au comptoir. Il en revient quelques minutes plus tard avec deux crêpes au chocolat, qui bientôt ne sont plus qu’un souvenir.
« La jeunesse est gourmande », me dis-je, amusée d’autant de voracité. Je repars dans mes pensées, regardant autour de moi les enfants se bousculer et crier à l’envi. Une voix dans mon dos soudain m’interpelle. Cette voix, après un « combien je vous dois ? » s’éloigne pour retourner s’asseoir près de son âme sœur. Et là, surprise ! La demoiselle, qui tout à l’heure déclarait ne pas avoir faim, et son galant amoureux se jettent goulûment sur une énorme barquette de frites, copieusement arrosées de mayonnaise. Je ne peux réprimer un haut-le-cœur. Pourquoi tant de gloutonnerie ? Que leur arrive-t-il à ces deux là, eux si rangés, si réfléchis avant le départ des deux petits frères ? Que cache cette gloutonnerie soudaine ? Rien, sans doute. Je dois me faire des idées, j’échafaude sans nul doute d’improbables hypothèses…
Le couple se lève, jette consciencieusement ses déchets dans la poubelle prévue à cet effet et s’éloigne doucement.
Je les retrouverai un peu plus tard, lui, assis à même le sol en train d’admirer son amie, elle s’essayant à un exercice périlleux, réservé d’ordinaire aux jeunes enfants, avec une souplesse surprenante.
La gourmandise donne des ailes…

jeudi 8 octobre 2009

Hallucinations


« Expression ovale », « savate composée », « cachot d’aspirine »…, j’hallucine vraiment !
Depuis l’aube, je prends un mot pour un autre… et j’en suis tout juste étonnée.
Mes yeux voient ce qu’ils ont envie de voir, sans me consulter… et j’en suis contrariée.
Alors je m’enferme à nouveau dans une espèce de brouillard cafardeux, la tête lourde, lourde… comme coincée dans un casque trop petit… Tic tac, tic tac… mon sang tambourine contre mes tempes, en cadence… J’entre dans la danse, fébrile… je ne suis plus moi… céphalée, céphalée, joli mot, douces sonorités…
Céphalée, céphalée, s’il te plaît, laisse-moi m’éveiller…

mardi 9 juin 2009

La porte

Une porte close, sans poignée, sans serrure. Une porte lourde, massive et étroite au milieu d’un mur nu, triste et rugueux. Cette porte et ce mur dans une pièce aveugle et noire. Il est oppressé, son souffle est court, sa poitrine est douloureuse. Il voudrait savoir. Que fait-il dans cette pièce ? Comment est-il entré ici ? Est-il seul ? Il a longé les murs de cette pièce des dizaines de fois sans rencontrer d’obstacles, hormis cette porte qui ne se ferme ni ne s’ouvre. Il voit la nuit, il sent la peur, ses doigts saignent à cause du mur rêche qu’il interroge inlassablement. Il est angoissé mais pas paniqué. Il arrive à réfléchir, péniblement. Des images se croisent dans sa tête, sans logique apparente, il ne parvient pas à les fixer. Il se les repasse en boucle, ces images. Il voudrait en chasser certaines, en garder d’autres, mais celles dont il ne veut pas reviennent sans cesse. Elles jouent avec lui, une espèce de jeu sadique. Elles jouent avec ses nerfs, avec sa peur, avec sa vie. Il ne maîtrise rien, se laisse porter par ce flot malsain, sans doute pour se protéger. Mais se protéger de quoi ? de qui ? Il n’en sait rien, il ne sait plus rien. Il ne voit plus, il n’entend plus que le silence et son souffle, il sent la poussière, il a le goût du sang dans la bouche, le sang de ses mains blessées, le sang de ses mains vivantes. Elles lui prouvent qu’il est vivant. S’il souffre, c’est qu’il est vivant. Il est rassuré d’être vivant. Mais vivant pour qui ? pour quoi ? Que fait-il dans cette pièce inconnue ? Elle ne lui rappelle rien. Rien du tout. Il ne se souvient pas d’y être entré un jour. De toute façon, comment peut-on pénétrer dans une pièce dont la porte n’a ni serrure ni clé ? Une porte muette et inutile. Une porte qui suppose autre chose, un ailleurs, une autre vie, une porte à secret. Qu’y a-t-il donc derrière cette porte ? Le savoir le tranquilliserait-il ? Pas sûr. Et si cette porte s’ouvrait sur le néant, sur le vide, sur rien ? Et si elle n’était là que pour l’amener à se questionner ? à ne pas devenir fou ? à le devenir ? Alors il s’interroge. Confusément. Derrière cette porte, tout est possible. La lumière comme l’obscurité, une voie large comme un tunnel étroit, tout ou rien… Que veut-il trouver ? Que s’attend-il à trouver ? Il l’ignore. Ses idées se fracassent sur cette porte comme des insectes sur un pare-brise. À peine nées, elles disparaissent. Debout contre cette porte, le nez écrasé contre elle dans une sorte de corps à corps sordide, il se met à pleurer. Des larmes au goût amer, des larmes de honte, des larmes de sang. Il pleure doucement, pour que ça dure longtemps. De ses yeux s'échappent les larmes, de son corps s’enfuit la douleur, de son cœur s’évade son angoisse. Doucement, sans à-coups, petit à petit. Longtemps, longtemps, longtemps…

Il ouvre les yeux : ils sont secs, son cœur bat posément, il se sent bien. Il caresse le velours de la feuille posée devant lui. Elle est son amie à présent, elle est prête à recevoir ses confidences. Il n’a plus peur.

jeudi 7 mai 2009

Plus dure sera la chute

Il était beau à tomber par terre. Dès le premier regard, elle sut que c’était lui et tomba en pâmoison. Comment ne pas tomber amoureuse d’un être aussi irrésistible ? « Bonté divine », se dit-elle, « cela tombe sous le sens : il me le faut ! »
Le beau gosse n’était pas farouche. Lorsqu’en princesse moderne, elle lui demanda s’il acceptait de faire un bout de chemin avec elle, il tomba aussitôt d’accord. Cette dulcinée tombée du ciel était, ma foi, fort ravissante.
Ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre et la belle ne tarda pas à tomber enceinte. Las ! le jour où elle découvrit qu’un petit intrus avait élu domicile dans son doux ventre, elle tomba en syncope. Car elle n’avait pas envisagé cette éventualité. Comment elle, qui n’était pas tombée de la dernière pluie, s’était-elle laisser piéger comme sa mère, vingt ans auparavant ? Elle finit par se résigner, accepta l’idée d’être mère et convainquit son prince charmant de l’accompagner dans cette nouvelle aventure.
Les années passèrent, la famille s’agrandit, la routine s’installa. Ah ! où était-il, le temps des possibles ? Leurs projets ambitieux tombaient à l’eau, leur moral dans les chaussettes. La belle se lassait de son prince, qui lui-même se lassait de sa belle. Leur histoire aurait pu tourner court si un événement tout aussi imprévisible qu’inespéré n’était tombé à pic : un joli magot, hérité d’un vieil oncle dont ils n’avaient jamais entendu parler, tomba dans leur escarcelle. Riches désormais d’espèces sonnantes et trébuchantes et d’espoir retrouvé, ils laissèrent tomber veau, vache, cochon et couvée pour s’en aller découvrir de lointaines contrées.
La morale de cette histoire ? Il n’y en a pas. La chute ? On s’en fiche... et je tombe de sommeil… Alors, sur ces mots, je vous laisse, sans vergogne, tomber !

vendredi 13 mars 2009

1,2,3...

Vendredi 13 mars, 8 heures et 58 minutes précises. Temps sec avec petits nuages et petit soleil, bref petitement agréable.
La tension est palpable. Ils sont venus, ils sont tous là, jeunes et vieux, seuls ou accompagnés, vêtus pour la plupart d’une gabardine ou d’une pelure chaude.
« On n’est qu’en mars, vous savez… ».
Ils attendent, rongent leur frein ou leurs ongles, trépignent, battent la semelle non pour se réchauffer mais pour se détendre, se cramponnent à leur bolide avec une énergie sauvage – j’exagère à peine. Ils scrutent leur montre, 8 heures et 59 minutes, relèvent le nez pour jeter un coup d’œil circulaire – la concurrence va être rude –, fixent droit devant eux les portes désespérément closes.
Je reste à l’écart pour mieux observer cet essaim inquiétant. Tiens ! on dirait James Dean, là-bas… Même faciès, même rage au ventre… À vos marques… feu ! Les fauves sont lâchés ! On joue des coudes, on se pousse, on se bouscule, on se faufile, on franchit le seuil du magasin, on entre dans l’hypermarché, on franchit les portiques et on crie victoire ! La chasse à la vie moins chère peut commencer !
Je ne regrette pas d’être venue, pour une fois, à l’ouverture. Louper ce spectacle fantastique, c’eût été vraiment dommage !

samedi 7 février 2009

Plouf !

Les lignes dansent devant mes yeux fatigués, les mots flottent sur les lignes, telles des notes de musique qui n’oseraient se poser franchement et sautilleraient, comme pour me narguer. Je ne sais plus ce que lis, je ne comprends plus rien. Du reste, y a-t-il quelque chose à comprendre ? Je deviens ironique, ce qui ne présage rien de bon pour la suite des événements.
Je réprime une irrésistible envie de bâiller, que j’attribue hélas davantage à un ennui certain qu’à une quelconque fatigue. Je me résous à poser mon stylo rouge, mon ignoble stylo-couperet, je me lève et descends me verser à boire. Tandis que l’eau salvatrice coule délicieusement dans mon gosier, je jette un œil par la fenêtre et là, un charmant spectacle s’offre soudain à moi.
Au fond du jardin, dans un beau bassin parfaitement naturel – nul besoin d’investir dans une piscine hors de prix – se trémoussent et s’ébrouent joyeusement une bonne dizaine de pigeons ventrus. Cette baignoire improvisée est à leur goût et je les sens vraiment heureux de se vautrer à l’envi dans l’eau croupissante. Certains s’aventurent avec la plus grande prudence, d’autres plongent la tête la première, d’autres encore me donnent l’impression de sécher leurs plumes une à une. Deux pies, l’air mauvais, se posent à proximité de la piscine, échangent des regards complices, scrutent les baigneurs qui les ignorent superbement, puis s’éloignent avec leur crasse, sous l’œil indifférent des pigeons. La baignade de ces volatiles pansus et affables dure encore quelques minutes, durant lesquelles je n’ose bouger de peur de les effrayer. Et tout à coup – Dieu sait ce qui peut traverser la cervelle de ces oiseaux – ils décollent, malhabiles, encore lourds de l’eau mêlée à leur plumage, pour aller se poser dans le jardin d’à côté.
Amusée par ce spectacle bucolique mais bien vite rattrapée par le devoir – je ne sais pourquoi ce terme, avec toutes ses acceptions, me répugne tant ! – à mon tour, je prends mon essor vers le bureau, avec l’espoir cette fois-ci de lire une prose intéressante !

samedi 10 janvier 2009

Et moi, et moi, et moi…

Ce que j’aime par-dessus tout, c’est parler de moi. C’est que vous parliez de moi. De ma grande carrière, de mon immense expérience multiforme, de l’étendue considérable de mes connaissances, de mon expertise. De mes soucis infiniment plus importants que ceux des autres. Je donne mon avis sur tout, même si je n’en ai pas. J’étale mon savoir, même s’il est bien maigre. Je juge, je critique, je remarque toujours le détail qui cloche et le souligne haut et fort. Je ne supporte pas que vous preniez la parole : ce que vous avez à dire, je ne l’écoute pas, je l’oublie aussitôt, je m’en fous ; je vous coupe sans vergogne car mes propos sont nettement plus riches que les vôtres, puisqu’ils parlent de moi. Vous n’arriverez pas à me clouer le bec : je vous mets au défi de le faire !
De toute façon, j’ai tout vu, tout entendu, tout testé. Je tue les silences parce qu’au fond j’en ai peur. Dois-je l’avouer ? Le silence m’angoisse terriblement : il me faut le combler sinon je n’existe plus. Je ne vis que dans le regard des autres. Dans votre regard. Si vous ne me regardez plus, si vous ne m’écoutez plus, je ne suis plus rien. Que l’ombre de moi-même. Que l’ombre de mon chien…
J’ai bien du mal à l’admettre, mais je suis vieux, forcément vieux. Forcément sage aussi, puisque seuls les vieux accèdent à une forme de sagesse. Je veux le respect, j’exige le vouvoiement, je veux de la sollicitude à l’égard de ma vénérable personne et je méprise qui je veux. Oui, c’est mon droit, et ce mépris me rappelle que j’existe. Je veux recevoir, même si je ne sais pas accepter. Donner est un verbe absent de mon vocabulaire. Je ne sais pas ce qu’il veut dire : me suis-je demandé un jour ce qu’il signifiait précisément ?…
Je ne crois pas être le centre du monde : je suis le centre du monde. J’ai tellement peur des autres que mon nombril est mon seul refuge. D’aucuns prétendent que je serais malheureux. Quelle ineptie ! J’aime parler de moi, un point c’est tout !
Je suis un paradoxe ambulant : je m’aime à un point que vous n’imaginez pas, je passe mon temps à faire le tour de moi et pourtant, sans vous, sans votre présence, je tourne à vide. Je suis le Narcisse des temps modernes. Je suis l’égocentrique dans toute sa splendeur, doublé du discoureur infatigable.
Je suis, je suis… fatigué… fatigué de parler, fatigué de contempler mon image … fatigué de n’être que moi… fatigué de voir que vous vous êtes endormi au son de ma voix, devenue inaudible… Je vais rentrer dans ma coquille, me replier sur moi-même… c’est ce que je fais de mieux…




mercredi 17 décembre 2008

Je voudrais

Je voudrais écrire des poèmes pour habiller mes sentiments avec de jolis mots.
Je voudrais trouver les mots, sans les chercher, pour ouvrir mon cœur.
Je voudrais faire taire la pudeur qui me pousse à dissimuler mes émotions.
Je voudrais ressembler à ce que je ne suis pas.
Je voudrais me glisser dans la peau d’une autre pour oser l’audace.
Je voudrais changer ceux qui ne savent pas qu’on peut changer.
Je voudrais laver mon cerveau à l’eau de Javel.
Je voudrais troquer mes sentiments élimés contre des neufs.
Je voudrais refouler mes souvenirs encombrants et mes larmes pour faire peau neuve.
Je voudrais me confondre avec les murs pour être plus solide.
Je voudrais me mentir et m’inventer un autre passé.
Je voudrais disparaître sans rien regretter.
Je voudrais laisser une trace de ma piètre existence.
Je voudrais leur dire que je les aime.
Je voudrais leur dire que, sans eux, je ne suis pas grand-chose.
Je voudrais leur dire que je ne sais pas leur dire…

dimanche 14 décembre 2008

Vertige


J’ai la tête à l’envers, le cœur de travers.
Mes rêves sont insolites, sans ni queue ni tête.
J’ouvre les yeux, ne sais plus où je suis.
Tout s’emmêle, souvenirs, réminiscences, illusions…
Je ne vois rien, que l’encre de la nuit, sombre et terrifiante.
Tout tourne autour de moi, valse infernale qui veut m’étourdir à jamais.
Je me bats contre des ombres, j’ai le vertige,
J’ai peur, je veux hurler,
Mais aucun son ne sort, ma gorge est sèche, mon corps, exténué…

Je me cramponne à la couverture et à mes idées folles.
A mon grand étonnement, je reprends conscience, recroquevillée, transie, au fond de mon lit…

dimanche 30 novembre 2008

Chevauchée fantastique

Devant mes yeux étonnés surgit tout à coup un être bizarre, l’air hagard et grimaçant.
Maculé de boue, le visage prisonnier d’un heaume des Temps modernes, cramponné au guidon de son terrible engin, il avance péniblement en zigzaguant, visiblement épuisé. L’homme et la machine ne font plus qu’un, soudés l’un à l’autre, pour la vie. Avec l’énergie du désespoir, il pédale machinalement, les jambes recouvertes d’une épaisse couche de terre noirâtre, tout comme le reste de son corps : dos, torse, fesses, bras, mains, visage, aucune parcelle de son individu n’a été épargnée par la gadoue. Bien difficile de définir la couleur de ses vêtements, de son vélo et même de sa peau : seul le bleu azur de ses yeux semble avoir échappé à cet assaut fangeux.
Tandis que l’étrange cavalier s’efface discrètement et que je le regarde s’éloigner inexorablement, un essaim d’acolytes déboule à présent : tout aussi noirs et méconnaissables que mon coureur solitaire, avec la hargne en plus, avec la hardiesse du peloton. C’est à croire que le grégarisme leur donne des ailes, à ces vététistes fantastiques !
Le chemin a retrouvé son calme mais les traces laissées par les pneus témoignent de l’invasion dont il vient d’être victime. Je lève le nez, renonce à compter les nuages puis reprends ma marche tranquille ; je suis prête moi aussi à patauger dans la gadoue, la gadoue, la gadoue…, à renouer un dialogue avec l’authentique, la matière palpable et à retomber en enfance : un plaisir vrai !

vendredi 21 novembre 2008

Prisonnier volontaire


Je t’ai retrouvé. Pris dans les filets de la Toile. Prisonnier volontaire, avide de te faire connaître… ou reconnaître. Tu avais disparu de la circulation depuis un bail, une éternité. Tu n’étais qu’un souvenir, un éclat de rire, un regard malicieux. Tu n’étais qu’un fantôme, surgissant parfois comme une voix d’outre-tombe. Tu étais un gamin, tendre, drôle, prévenant, l’ami rêvé qui jamais ne déçoit. Tu étais fidèle, sincère et frondeur. Longtemps, tu m’as donné des signes de vie, qui se sont raréfiés... pour disparaître définitivement. Enfin, presque définitivement. Car je t’ai retrouvé sur la Toile. Pris dans les rets de ce redoutable prédateur. Captif consentant, vieilli forcément. Suis-je heureuse de retrouver ton image ? Suis-je déçue d’avoir brisé une illusion ? Une vague nostalgique me submerge tandis que je fais front à mon écran : jamais Internet ne me volera mes amours enfantines.

mardi 11 novembre 2008

La chute

Doucement, elle tourne sur elle-même. Lentement, elle entame sa descente, au ralenti. Légèrement, elle frôle la vitre, hésite un instant, semble se raviser, effleure le rebord de la fenêtre, puis se pose délicatement sur le goudron humide. Mes yeux, un peu hagards, un peu rêveurs, l’ont accompagnée dans sa chute. Sa rousseur, sa tonalité chatoyante me séduisent. Novembre, sombre et mélancolique, perd ses atouts un à un. Elle gît maintenant à mes pieds, penaude, tout étonnée de se retrouver là, devant la porte entrouverte. Elle se fige, semble me toiser, puis tout à coup se décide : elle franchit le seuil. Avant de tirer son ultime révérence, la feuille du vieux chêne tente une dernière expérience : s’inviter à l’intérieur de la maison et satisfaire sa curiosité. Tout l’été, elle y a songé. Elle a patienté jusqu’à l’automne, son vœu est enfin exaucé. Elle peut partir tranquille, maintenant…

dimanche 12 octobre 2008

La vérité sort de la bouche des enfants


- Mon bonhomme, tu ne trouves pas que tu chantes faux ?

- Ah non ! je ne chante pas faux, je chante vrai !

mardi 30 septembre 2008

Alléluia


Dernier dimanche de septembre, il est 10h30, les cloches sonnent à toute volée, faisant définitivement sortir de leur torpeur les derniers adeptes de la grasse matinée.
Des personnes d’un âge respectable, pour ne pas dire canonique, se pressent à l’entrée de l’église afin de ne pas manquer le début de la messe, que dis-je, de la grand-messe de rentrée.
Des familles sur leur trente et un, robe à col Claudine pour les petites filles, gilet chic pour leurs frères, entrent sagement aux côtés de leurs parents, tout aussi collet monté.
Tout ce beau monde prend place, non sans avoir pris soin auparavant de saluer charitablement quelques connaissances.
Les curés, j’en compte au moins cinq, sont en retrait, discrets, tandis que musiciens, catéchistes et enfants de chœur s’affairent autour de l’autel.
Et c’est parti pour une heure et demie ! Prières, homélies, chants habituels, paroles melliflues bercent l’assemblée. Les fidèles sont ravis, le soleil darde ses rayons dans la nef, comme pour réchauffer vieux os et vieilles pierres. Pour un peu, je m’endormirais… quand tout à coup, une petite voix me susurre à l’oreille : « tu ne trouves pas que ça sent bizarre ? On dirait des épices… ».
- C’est de l’encens…
- Ah !… j’aime pas cette odeur.
Moi non plus, je n’aime pas ces effluves âcres. Je me contente de sourire.
Arrive enfin le moment de la délivrance, de la communion, pardon ! Et avec votre esprit… Je songe au moment où la porte va s’ouvrir de nouveau, où le prêtre va laisser s’échapper ses ouailles, lorsqu’une autre petite voix, toute fluette, s’élève au bout du rang :
- Dis maman, pourquoi eux, ils ont le droit de manger un gâteau et pas moi ?…
Ça y’est ! les portes s’ouvrent, les fauves sont lâchés. Certains jouent des coudes pour se frayer un chemin jusqu’aux tables disposées à l’entrée, sur lesquelles gourmandises salées et sucrées ainsi que breuvages divins les attendent.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour… Voilà que je retrouve à la boulangerie les paroissiens qui ont dédaigné le pot de l’amitié… « Alors, c’était beau, hein ?… Vous avez vu madame Machin ?… Mais si ! elle était à côté de monsieur Truc… »

J’ai porté ma croix, j’ai fait ma BA – c’était le jour où jamais – amen !

dimanche 31 août 2008

Délire nocturne



Un orage digne de ce nom éclata cette chaude nuit d’août. Grondements célestes, éclairs fulgurants et pluies diluviennes me sortirent de mon sommeil, certes léger, à deux heures tapantes. Un tantinet déboussolée par cette colère divine, il me vint à l’esprit quelques propos du Cid que je m’amusai aussitôt à parodier de façon éhontée, j’en conviens.

Ô…rage ! Ô arrosoir ! Ô tonnerre ennemi !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette insomnie ?

Épuisée par tant de créativité, je laissai Morphée m’enlever dans ses bras puissants… pour me réveiller un peu plus tard avec les vers cornéliens résonnant dans ma tête embrumée…

lundi 16 juin 2008

Pianissimo

Comme un chapelet qu’on égrène, des notes de musique s’échappent de la maison d’à côté. Légères, divines et délicates, elles percent le silence de la nuit et apportent quelques touches de fraîcheur à cette chaude soirée d’été. Tout doucement, elles caressent mon oreille et me susurrent des mots tendres et mystérieux. Je les laisse venir à moi et les bois sans soif. Une sensation de bien-être m’enveloppe voluptueusement et, tel un nouveau-né, je me laisse bercer par cette sérénade fortuite.
Le musicien joue pianissimo, en effleurant le clavier. J’imagine ses mains courant sur les touches, sans jamais s’y poser vraiment, comme si elles craignaient de s’y brûler. La mélodie flotte, ondoie, s’évapore…
Non loin de moi murmure un ruisseau. Le souffle tiède d’une brise fait frémir les arbustes odorants et ajoute au délice de cette soirée. Les yeux mi-clos, je suis attentive au moindre bruissement, au moindre soupir, au moindre silence. Un accord qu’on plaque, un rire qui soudain fuse et irradie la nuit, un instant de silence fugace et, de nouveau, le piano se réveille en laissant échapper une mélodie suave et veloutée…
Les yeux fermés, je distingue une porte cochère, une cour pavée et, dans un recoin, une toute petite fenêtre aux vitres pas très nettes… des cheveux bruns et bouclés, un dos bien droit, des doigts fins et agiles domptant le clavier… J’ai oublié son visage. Seule danse devant mes yeux l’image floue de ce jeune virtuose qui s’entraîne des heures durant sur un piano noir. Il ne se doute pas qu’une gamine l’observe en douce, il ne se préoccupe ni du temps, ni des autres… Il joue inlassablement, pour atteindre la perfection sans doute… Et moi, je suis sous le charme, admirative devant autant de dextérité, de ténacité et de grâce. Car il a cette grâce, ce don qui le rend si différent des autres apprentis pianistes si appliqués et si laborieux… comme moi…
Le piano s’est tu dans la maison d’à côté. J’ouvre les yeux, je suis toujours assise près du ruisseau qui chante désormais tout seul. Mon souvenir s’est envolé, mon enfance aussi…

mardi 3 juin 2008

Il est des jours


Il est des jours plus lourds qu’un mois de novembre, des jours en noir et blanc, sans saveur, où les soucis pèsent une tonne, où les méninges se fatiguent au point de s’enliser dans un magma informe d’idées noires, où la moindre vétille prend des proportions cyclopéennes, où l’on se dit qu’on gagnerait à ne rien faire du tout…

Il est des jours qui succèdent à des nuits sans sommeil, des nuits qui s’étirent interminablement, où le silence devient si épais qu’on cesse presque de respirer par peur de le rompre…

Il est des matins où l’on plaquerait bien tout, veau, vache, cochon, couvée ! Pour un peu, on le suivrait, ce cerf-volant si léger, chahuté par les vents...

Las ! le dégoût est si lourd qu’on reste rivé au sol, englué dans son quotidien, enlisé dans ses habitudes, dans cette routine infernale, enferré dans son propre piège…

Il est des lendemains sans doute plus cléments…

jeudi 29 mai 2008

Condamné à méditer

Il a bousculé un copain à la récréation, papoté avec sa voisine ou encore exercé ses talents d’artiste sur les vêtements d’un comparse.
Parce qu’il a fait une bêtise certes avouable mais répréhensible, le jeune espiègle de sept ans, condamné à méditer sur sa condition, est assis là, sur ce que son maître nomme joliment la chaise du Penseur…

mercredi 14 mai 2008

Ma deuxième chance

Vous le savez bien, cher lecteur : lorsque vous avez besoin d’un renseignement, vous avez parfois du mal à l’obtenir… quand vous avez la chance d’y parvenir, bien sûr !
Vous tombez sur une musique d’attente qui vous rend sourd ou fou.
Vous poireautez durant des minutes qui ont un goût d’éternité pendant que votre interlocuteur recherche désespérément une réponse à vous offrir, réponse qui en général ne vous sied guère.
Un répondeur vous enjoint de laisser votre message après le pléonastique bip sonore .
Une voix suave au bout du fil vous demande de rappeler ultérieurement car toutes les lignes sont encombrées.
Vous ne tombez pas sur le bon interlocuteur qui est évidemment en réunion.
La personne qui vous écoute est charmante, attentive et disponible, donc vous êtes en confiance et prenez le temps d’expliquer clairement l’objet de votre appel, mais malheureusement, elle ne peut rien pour vous et sa collègue, qui évidemment est absente, s’occupera de votre cas dès son retour…
Exaspéré, dépité, écœuré, vous restez avec votre question en suspens. C’est alors que la sonnerie du téléphone vient interrompre votre cogitation empreinte de courroux. Pas de numéro qui s’affiche, juste des étoiles. Vous décrochez tout de même, celui qui vous appelle est peut-être sur la liste rouge.
- Bonjour, vous êtes bien madame Tartempion ?
- Oui.
- Madame, j’ai le très grand plaisir de vous apprendre que vous venez de gagner un magnifique cadeau. Vous avez en effet été sélectionnée, vous et votre mari, parmi des couples de plus de 50 ans, pour participer à notre jeu. Vous êtes contente, n’est-ce pas ?
Gloups ! Après un rapide calcul, je suis née en 1966. Si le compte est bon, j’ai donc 42 ans et je ne fais hélas pas partie des heureux élus. Je m’apprête à répliquer à la voix masculine et nasillarde qu’elle commet une erreur mais voilà qu’elle me raccroche au nez ! Même pas le temps de m’expliquer !
Le lendemain matin, rebelote, le téléphone sonne à nouveau, avec ses étoiles. Je suis joueuse, je décroche.
- Bonjour madame, j’ai l’immense plaisir de vous informer que vous venez de gagner un magnifique cadeau, vous et votre époux, car vous êtes un couple de plus de 50 ans.
Cette fois, la voix est posée, enjouée et féminine. Je la tiens, ma revanche ! J’interromps sans vergogne le flot de paroles qu’elle débite et je m’entends lui répondre :
- Sachez, madame, que je suis loin d’avoir atteint cet âge… canonique !
Mon interlocutrice, visiblement contrite, se confond en excuses et bafouille qu’elle a dû se tromper de numéro.
Sa gêne ne m’émeut guère et moi, je suis bien contente : je l’ai eue, ma deuxième chance !

lundi 12 mai 2008

Le lundi au soleil





Il fait beau et chaud, le soleil est franc, le ciel est bleu, les oiseaux poussent une chansonnette mélodieuse : une carte postale plus vraie que nature ! Une brise légère vient secouer mollement les feuilles naissantes des chênes… Les transats bicolores sont sortis, moi avachie sur l’un d’entre eux… L’envie soudaine de ne rien faire me gagne, l’assoupissement me guette sournoisement… Je me surprends à rêver que mon cerveau va faire une pause, que je vais m’arrêter de penser quelques instants… Comme il est doux de paresser alors que d’autres s’agitent autour de soi, d’autres qui reçoivent, qui malmènent leur barbecue à peine sorti d’un long sommeil hivernal, qui s’esclaffent en famille… d’autres qui s’activent car il faut profiter du beau temps pour dépoussiérer, épousseter, récurer, laver à grande eau, sécher… La prudence s’impose, il ne faut pas manquer le coche, demain sera un autre jour et peut-être pleuvra-t-il…
Eh bien non ! je n’ai pas réussi à débrancher mon cerveau ! Je me prélasse toutefois avec une délectation non feinte. Et je me dis que j’ai bien de la chance de déguster cette journée radieuse quand d’autres travaillent, quand mes pauvres élèves révisent… Drôle de lundi, férié pour les uns, mais pas pour les autres. Drôle de sensation, d’être là et ailleurs… Un lundi ambivalent, différent des autres lundis souvent mal-aimés… Un lundi au soleil qui fait mentir la chanson…

Une absence qui mord

  Il ne pensait qu’à une seule chose, s’évader. Cette envie était blottie au fond de lui, tapie tel un prédateur guettant sa proie. Depuis q...