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jeudi 9 septembre 2010

L'homme flou

J'étais sur le point de te jeter comme un malpropre, pauvre homme de pierre, quand j'ai eu un remords. La vie est loin d'être toujours nette. Car au fond, le flou qui adoucit, suggère plus qu'il ne montre, n'impose pas, est plutôt séduisant.
Alors ce matin, brave homme de pierre, je te fais l'honneur de t'inviter sur mon blog !

mardi 8 décembre 2009

Les mots ont la vie dure !

Qui a lu « 99 mots et expressions à foutre à la poubelle ? » de Jean-Loup Chiflet ?
J’ai entendu cet auteur s’exprimer sur les ondes un dimanche matin alors même que je venais de pester, quelques minutes plus tôt, à l’écoute d’un énième « au jour d’aujourd’hui ».
Comme nous aimons les redondances et autres pléonasmes ! Comme nous nous gargarisons de formules creuses, inutiles voire pédantes ! Pourquoi cet étalage ? Pourquoi cette hypertrophie langagière ? Pour en mettre plein la vue, pour épater la galerie… Pour faire prendre l’air à quelques expressions blotties au fond de notre besace… dont nous avons parfois perdu le sens originel…
Car les pléonasmes ne sont pas les seuls parasites : certains mots, qui n’ont rien demandé, sont malmenés, torturés à qui mieux mieux, pendant un temps. Victimes de la mode, ils surgissent soudain, sans crier gare, et sont exhibés à tout bout de champ, d’abord par tous ceux qui peuvent se faire entendre – journalistes, politiques, artistes, etc. – puis par tous les autres. Ces mots connaissent la gloire pendant quelques mois, puis s’évaporent doucement. Ils savent qu’ils réapparaîtront un jour ou l’autre, la mode étant un éternel recommencement…
Ainsi, combien de « et en même temps » avons-nous dû subir ? Et de « comme vous le savez » ? Sans compter les « improbables » associations de couleurs, les « improbables » retours de célébrités jetées aux oubliettes, les « improbables » rumeurs autour de tel ou tel sportif…
Ces mots et ces expressions ont la vie dure : leur signification change, amorce des virages plus ou moins bien négociés. La locution « et en même temps » était avant tout une affaire… de temps ! D’abord expression de la simultanéité, elle a bifurqué depuis vers celle de l’opposition. Lorsque nous disons d’un collègue qu’il « est sympa et en même temps, un peu lèche-botte », nous évitons soigneusement le « mais » ou le « cependant ». Sans doute n’osons-nous plus trancher. Sans doute parler franchement est-il un défi difficile à relever…
Quoi qu’il en soit, nos pauvres mots souffrent. Ils me font pitié parfois, j’ai de la peine quand ils sont rudoyés MAIS ils sont vivants ! Au fond, n’est-ce pas là l’important ?

jeudi 5 novembre 2009

De l'air !

D’ordinaire, le vent m’agace et m’électrise. Je le déteste par-dessus tout quand Il montre son visage nocturne : il me tient éveillée, m’oblige à l’écouter, me rend nerveuse sans que je sache vraiment pourquoi. Il secoue ma fenêtre, s’engouffre dans le moindre interstice effrontément, avec un sifflement parfois lugubre. Il ricane, s’amuse du désordre qu’il provoque et souvent ne s’apaise qu’au petit matin, juste pour me laisser fermer les yeux, enfin délivrée, pendant une heure ou deux.
Cependant, ces jours et ces nuits-ci, je le remercie, le vent. Tel un grand éclat de rire, il vient secouer mes inquiétudes, il fait le ménage en moi, me dépoussière, me vaccine contre ces maux que sont l’angoisse ou la colère larvée. Ce vent purgatif, cathartique même, j’en ai vraiment besoin. Quand il s’accompagne de violentes trombes d’eau, il rafraîchit mes idées et emporte avec lui des lambeaux de ce courroux qui me ronge. Des lambeaux seulement, car dès qu’il s’affaiblit, ce vent si salutaire laisse la place à une accalmie trompeuse, qui ne demande qu’à se nourrir de tourments et de non-dits destructeurs.
Une envie forte de ménage d’automne me taraude. Une envie de changer d’air, mais pas de jouer la fille de l’air et m’enfuir, ni de brasser de l’air jusqu’à l’épuisement. Non, plutôt la volonté d’assainir l’air que je respire, de le purifier pour m’y sentir libre. Le courage d’exprimer à voix haute et intelligible, tant qu’il en est encore temps, ce que je pense être juste. Le courage d’abandonner provisoirement ma plume pour faire entendre ma voix… d'affronter le mensonge et la mauvaise foi pour faire éclater la vérité... Avec un bon bol d’air, ce devrait être possible !

mercredi 30 septembre 2009

Accalmie


Comme tous les ans à même époque, l’église du quartier ouvre ses portes à l’occasion de la « messe des familles ». Comme tous les ans, vrais et faux dévots, apprentis communiants et parents zélés, cohorte de prêtres d’un âge certain – où est-elle, la relève ? – tous se rassemblent dans un esprit fraternel et convivial. Eh oui, je dois bien l’admettre, même si cet aveu me coûte, cette messe-là a une saveur particulière. En dehors de toute considération sur la foi religieuse et sa mise en scène, j’ai l’impression, pendant quelques minutes, de baigner dans un climat apaisant, non anxiogène. Surtout en cette période trouble et morose, entretenue par des médias qui se plaisent à jouer avec les nerfs de tous, anonymes et célébrités et quand afficher un sourire sincère, qui se veut un pied de nez à tous les moralisateurs rabat-joie, est vécu comme une hideuse provocation – ben oui, M’dame, c’est bien connu, c’est en portant la misère du monde sur son dos qu’on aide son prochain !
Donc, cette messe a non seulement été plus « supportable » que je ne l’aurais imaginé, mais en plus, elle m’a donné matière à réflexion. Nous sommes tous des frères et, à ce titre, à la fin de ladite messe, nous serrons chaleureusement les mains de tous ceux qui nous entourent et nous pouvons même les embrasser. Et alors, fi de la grippe A, fi des gestes censés nous préserver de toute contamination ! Inconscience, rébellion ou indifférence, alors que dans les établissements scolaires, les entreprises, les lieux publics, les salles d’attente des médecins, bref partout ailleurs, nous apprenons encore et toujours à nous méfier des autres, voire à les fuir ? Décidément, l’Eglise me surprendra toujours !

mardi 15 septembre 2009

Nessie


Quand rien ne va plus,
Quand vous n’arrivez plus à concrétiser vos projets,
Quand vous rencontrez sur votre route plus d’obstacles que d'appuis,
Quand des esprits malins s’amusent à semer votre parcours d’embûches,
Quand votre loyauté est bafouée,
Quand on rit de votre conscience professionnelle,
Quand vous tirez la sonnette d’alarme et qu’elle reste muette,
Quand vous recevez un appel au secours et que vous vous sentez impuissant,
Quand vous ne trouvez plus les mots qui apaisent,
Que faites-vous ? Que pouvez-vous faire ?
J’en connais qui pleurent, qui crient, qui se rendent malades, qui capitulent,
D’autres encore qui se battent contre vents et marées,
D’autres qui consultent des voyants ou des marabouts…
Pour sortir de l’errance et du pétrin,
A chacun sa méthode, à chacun ses démons, à chacun son Nessie !

vendredi 24 juillet 2009

La pensée du jour

Un jeune garçon, contemplant un oeuf dans le creux de sa main :
"C'est beau, un oeuf... et la beauté... ça se casse..."

mardi 2 juin 2009

La faute à qui ?

Je suis tombé par terre, c'est la faute à Voltaire
Le nez dans le ruisseau, c'est la faute à Rousseau…


Ce besoin de désigner un coupable, un responsable, un bouc émissaire a toujours existé. Imputer la faute à l’autre, à son alter ego, ce n’est pas si simple. Alors aujourd’hui, nous avons trouvé la parade pour faire ou ne rien faire, au choix. Elle est pratique, facile à utiliser, concrète et conceptuelle en même temps. Si tout va mal, c’est la faute à… la CRISE, bien sûr ! Elle est si responsable de tout que les majuscules s’imposent. Merci qui ? Merci la crise, du fond du cœur, pour tout ce qu’elle fait pour nous ! Grâce à elle, nous pouvons tout justifier sans peine et sans honte. Formidable, vraiment. Usons et abusons de cette excuse, que dis-je, de cette aubaine ! Car quand la crise s’en ira, qu’adviendra-t-il de nous ? Je l’entends déjà se marrer, la crise...

mercredi 27 mai 2009

Ensemble, tout simplement

Les yeux dans les étoiles, il oublie son corps fourbu et ses jambes endolories. Je lis sur son visage d’enfant l’exaltation et la fierté d’avoir tout donné, d’avoir partagé avec ses équipiers des moments d’une intensité exceptionnelle. Il a peut-être gagné, il a peut-être perdu, qu’importe ! Il est allé jusqu’au bout de son rêve, porté par l’envie de se battre, de relever le défi, de ne faire plus qu’un avec les autres. Il découvre le poids des espoirs des adultes, entraîneurs, parents, supporters inconditionnels et enthousiastes.
Le petit garçon grandit. Il apprend à encaisser et à exploser de joie. Il se frotte à la vie, il la défie, compose avec elle. Il comprend intuitivement qu’il pratique un sport avec son corps et son âme. Mais pour l’heure, il n’analyse pas : il ressent, il vibre. Il plonge dans l’instant présent avec toute la fougue de sa jeunesse.
Le petit garçon fait grandir sa mère. Grâce à lui, elle revit ces moments où, petite fille, elle se jetait dans la fosse aux lions. Elle se revoit comme si c’était hier, seule avec son piano, devant un jury forcément impitoyable et terrifiant. Sur le moment, elle ne savait plus qui elle était, ni même comment elle s’appelait. Elle savait juste qu’elle avait dix doigts, une tête et un trac indescriptible. Elle se souvient qu’après avoir « exécuté » son morceau – une exécution est toujours terrible ! – elle n’était plus qu’une « chose », vidée de toute son énergie. Ce qui lui pesait le plus, finalement, c’était cette solitude face à ces censeurs, pourtant souvent justes. Elle ne partageait sa victoire ou sa défaite qu’avec elle-même, cette « chose » qu’elle était devenue. Le réconfort et la force de l’équipe, elle n’avait même pas l’idée de ce que ça pouvait être.
Jouer en équipe n’exclut évidemment pas l’effort individuel. La personnalité de chacun doit pouvoir s’y construire à la fois seule et en concomitance avec celle des autres. Mais quand les membres d’une équipe ont un objectif commun, celui de courir après le même ballon, avec le même désir d’aller le plus loin et le plus haut possible, avec la même envie de gagner, il me semble qu’alors la victoire partagée a une saveur particulière.
Mon garçon y a goûté, avec ses amis. Ces mômes sont heureux. Et ce bonheur pétillant dans leurs yeux, c’est bien là l’important.

mercredi 6 mai 2009

Le grincement de dents du jour !

Je pose une question et on me répond : « écoutez ».
Je passe un coup de fil et on me dit : « ne quittez pas ».
Évidemment que j’écoute ! Évidemment que je ne quitte pas puisque j’attends une réponse !
Je l’admets bien volontiers : même si je trouve ces pratiques verbales vraiment agaçantes, je sais qu’il y a plus grave dans la vie.
Mais ça va mieux en le disant !

lundi 20 avril 2009

Le silence est d'or

Besoin de silence, pour retrouver mes mots,
Besoin de quiétude, pour écouter le silence,
Besoin de solitude, pour revenir aux sources.
À ceux qui discourent pendant des heures, je leur demande une pause.
À ceux qui passent leur temps à bavasser, qui ont toujours un avis sur tout et sur rien, chut !
Débranchez, éteignez tout ! Cessez ce bruit de fond incessant !
La nature a horreur du vide, l’homme a peur du silence.
Que craint-il donc ? d’entendre les palpitations de son cœur, les battements de ses cils, des sons qui n’appartiennent qu’à lui ? de se retrouver seul face à ses pensées, ses angoisses, ses remords, ses turbulences internes ? de se perdre dans une sorte de nuit, d’inconnu, de monde hostile, et d’en être captif ?
Faire du bruit, parler, parler, parler… serait donc sécurisant. Telle une musique d’ambiance, la parole serait un antidote à la peur. Et si nous tentions, momentanément, un silence partagé ? Car le silence n’est pas forcément solitaire, pas nécessairement lourd de sous-entendus. Il est aussi régénérateur, il favorise l’écoute. Il permet de faire une provision de sens et de force, de reprendre son souffle pour mieux affronter le bruit de la vie quotidienne. De temps en temps, osons plonger dans le silence. Laissons-nous guider par notre intériorité. Le silence est un refuge salutaire, une étape nécessaire pour se retrouver soi et écouter l’autre.

Mieux se taire pour mieux se dire,
Mieux se taire pour rétablir le contact,
Mieux se taire pour se comprendre … et s’entendre.

lundi 9 mars 2009

Fissure

J’aime la rugosité, beaucoup moins ce qui est lisse. Curieusement, c’est en regardant un reportage sur une artiste amoureuse de la laque et en écoutant ses explications que je me suis fait cette réflexion. Ce qui est lisse ne m’attire pas. Est-ce à cause de l’effet miroir dans lequel je ne veux pas me mirer ? Est-ce l’aspect trop parfait des supports lisses qui me dérange ? Est-ce l’impossibilité de pouvoir me raccrocher à quelque chose, à une aspérité, comme le ferait un alpiniste, qui m’inquiète ?
Ce dont je suis sûre, c’est que les personnes lisses, sur lesquelles les émotions semblent glisser, qui ne laissent rien paraître – ni irritation, ni impatience, ni entrain –, me font fuir. D’aucuns admirent leur self-control, cette maîtrise de soi dont parfois j’avoue rêver en silence. Mais je me dis aussi que sans doute, derrière cette armure clinquante (je préfère utiliser, dans ce cas précis, le vocable « armure » à celui de « carapace » qui me paraît plus rêche), derrière cette armure, donc, destinée à se protéger de l’ennemi potentiel ou à l’inverse, à l’impressionner, se cache un individu pas si sûr de lui, avec ses failles et ses doutes, avec ses contradictions, avec son « humanité », en somme. La richesse de l’homme est là, elle réside dans toutes ces contradictions. J’aime celui qui est empêtré dans ses paradoxes, qui se cherche, tâtonne, se trompe, s’interroge, suppose, affirme pour mieux se « désaffirmer ». Celui-là me plaît. Car en fin de compte, il me rassure, moi qui ne suis qu’un concentré d’incertitude et de perplexité. Il me rappelle que je ne suis pas seule à ressentir les autres, le monde qui m’entoure, avec des pensées qui s’entrechoquent au point d’avoir la désagréable sensation d’être désarticulée, la tête d’un côté et le corps de l’autre ! Parfois, je m’entends dire, je prétends même, que les personnes lisses me reposent et m’inspirent confiance. Or, je dois bien le reconnaître, cette confiance est toute relative et très souvent éphémère. Je ne parviens pas à croire qu’on puisse être un bloc de certitude, qui jamais ne chancelle, qui jamais ne se fissure. En tout cas, si ces personnes existent, je ne les jalouse pas.
J’ai bien envie de faire mienne cette phrase de René Char : « Un homme sans défauts est une montagne sans crevasses. Il ne m’intéresse pas. » Oui, décidément, cette pensée me plaît…

vendredi 27 février 2009

Je vais mordre !



On écrit à condition d’avoir quelque chose à raconter. Or j’ai moult choses à raconter. Donc… je ne raconte rien ! Je dois être fâchée avec les syllogismes…
Mais que se passe-t-il donc ? Subirais-je une sorte de dégoût des mots ? Je ne le crois pas. Je suis même persuadée que ça va mieux en le disant. Pourquoi diable n’arrivé-je point à les sortir, à leur faire prendre l’air ? Parce que moi aussi, j’en ai besoin, d’un bon bol d’air ! Avec ou sans mot à promener en laisse ! J’ai une envie impérieuse de purifier mes pensées qui tricotent à l’envi et de crier à pleins poumons. Et si je dérange, tant mieux !
Car pour l’heure, c’est moi qui suis agacée. Je sens sourdre en mon for intérieur une colère sur laquelle j’ai encore de l’ascendant. Mais jusqu’à quand ?
Alors, comme dirait un ami, salsifis ! Je voudrais… ou plutôt, je veux : faisons fi du conditionnel et réservons le meilleur accueil à l’indicatif ! Je veux, disais-je, que toi qui penses à ma place, tu te taises. Je veux que toi, qui juges ma famille en deux temps trois mouvements – plus fort que le speed dating – tu cesses de venir me faire part, d’un air entendu, de tes fines conclusions. Je veux que toi, qui n’as que le mot « profit » à la bouche, tu élargisses ton vocabulaire. À coup sûr, le brave Robert saura te dépanner… Je veux aussi que tu te souviennes que toute peine mérite salaire…
Et puis je veux retrouver mon sens de l’humour qui s’étiole quelque peu, donner la vie à mes projets, t’aider à réaliser les tiens, renouer avec la confiance comme avec un vieil ami, je veux de l’air, je veux respirer ! Je veux donner un coup de balai à la morosité ambiante, cette prison dans laquelle nous nous enfermons et nous laissons enfermer. Il est grand temps de faire le ménage, le printemps se profile à l’horizon…

Tiens ! un rayon de soleil vient délicatement caresser ma joue… Un peu de douceur dans un monde… je te laisse finir, lecteur ! Une invitation au voyage ? à une courte balade, juste histoire de s’oxygéner ? Je crois bien que je vais me laisser tenter…

dimanche 18 janvier 2009

Pas le temps !


Toi, l’ami !
Tu n’as pas le temps de répondre à ma lettre, à mon courriel, à mon texto.Tu n’as pas le temps de répondre à mon invitation, à ma carte de vœux. Tu n’as pas le temps de me donner de tes nouvelles, de prendre l’initiative de me passer un coup de fil.
Tu es débordé, submergé, overbooké. Au boulot, tu n’as pas le temps ; chez toi, tu n’as pas le temps. Bref, tu n’as plus de temps à consacrer à personne, y compris à toi-même. À quoi te sert-il de vivre, alors ?
Et si, pour une fois, tu cessais d’être hypocrite ? Et si, au lieu de dire « je n’ai pas le temps », tu me livrais un « je ne prends pas le temps », ou mieux encore, un « je n’ai pas envie » ?
Tu vois, je te préfèrerais honnête vis-à-vis de moi et de toi. Aie la franchise de reconnaître que tu n’as pas envie de parler, de répondre, d’établir la communication. Même si ton interlocuteur peut trouver désagréable ce genre de propos, il te sera tout compte fait très reconnaissant de t’être montré sincère.
Et puis, l’amitié se nourrit de communication, comme aimait à le penser Montaigne. Comme j’aime à le croire, moi aussi. Alors, si ton envie est de rompre ce fil qui nous reliait jusqu’à présent, ce fil qui devient de plus en plus ténu… au fil du temps…, eh bien, fais-moi signe !
Crie-le avec autant de facilité et de conviction que ton « je n’ai pas le
temps», ton « je n’ai pas envie » !
Et je te répondrai, le cœur gros comme ça, un « merci ».

vendredi 9 janvier 2009

Futur, présent et passé

Entendu ce matin, de la bouche d'un élève de cours élémentaire :
"Après avoir ouvert les portes du futur et du présent, aujourd'hui, on va ouvrir la porte du passé."
Les paroles du maître ne tombent pas dans les oreilles de sourds ! Je ne sais pas si tous apprécient l'art de la conjugaison. Mais ce qui est certain, c'est qu'avec son langage empreint de finesse et de poésie, leur "instit", comme il aime à se présenter, a une manière bien personnelle de guider les enfants sur la voie de la connaissance.
C'est à vous donner l'envie de retrouver vos huit ans et les bancs de l'école...



vendredi 5 décembre 2008

Faites ce que je dis mais pas ce que je fais



Faites ce que je dis mais pas ce que je fais. En tout cas, pas ce que j’ai très envie de faire : me laisser aller à la procrastination (quel vilain mot !)… Remettre à plus tard tout ce qui m’enquiquine, là, maintenant. Car enfin, il faut bien l’admettre, être dans le devoir, l’obligation, le raisonnable, quelle plaie tout de même !
J’ai envie de faire ce qui me plaît. J’ai envie de faire d’abord des choses qui me font plaisir et ensuite de me réserver les corvées pour demain. Quoi de plus humain que de vouloir se faire plaisir, me direz-vous ?
« Pour gérer efficacement votre temps, ne remettez pas à demain ce que vous pouvez faire aujourd’hui et surtout, surtout, commencez par les corvées, les tâches les plus pénibles ! Faites-vous violence ! Vous éviterez le stress, vous aurez la tête libre pour vous consacrer à autre chose de plus passionnant. » Ça, c’est ce qu’on raconte à quelqu’un qui veut des conseils pour gérer son temps. Ce propos-là, aujourd’hui, il me hérisse le poil. Je m’en fiche de savoir s’il avait raison ou non, Laborit. Ce que je constate, c’est qu’à force d’appliquer ce type de consigne, et pour peu qu’on soit un peu trop scrupuleux, ce qui nous fait vraiment plaisir nous passe sous le nez. Les jours défilent, les semaines se succèdent inéluctablement et on arrive en décembre. Et là, on fait le bilan. Et là, on se rappelle tout ce qu’on s’était promis de réaliser cette année. Et on commence à trembler, à sentir la sueur perler dans le bas du dos. Parce qu’on en a fait, des choses. Ça oui ! On a travaillé, on a rendu service, on n’a pas compté son temps. D’aucuns diront qu’on est payé pour cela. Soit ! On a donné satisfaction, - du moins, on l’espère. C’est ce qui se dit. On a consacré beaucoup de temps à fournir un travail soigné, parce qu’on avait envie de le faire, parce que c’est une façon d’être reconnu et par conséquent d’exister. Mais quid du plaisir ? Du divertissement, au sens pascalien ? Mais quid de cette liberté, de cette faculté de décider de la façon dont on veut user de son temps, de jouer de son temps ? N’est-ce qu’un luxe ? un fantasme ? une utopie ? Je connais la réponse. Je sais ce qui est raisonnable et ce qui ne l’est pas. Je sais ce que la société veut de moi, je sais ce que les autres attendent de moi. Je sais aussi ce que moi je veux. Et j’observe un décalage, qui petit à petit m’empoisonne. Je me sens souvent écartelée entre deux pôles. Alors, je fais un choix, car je l’ai, ce choix. Je décide, j’agis… puis je m’en veux ! J’ai de la peine à renoncer à des envies, somme toute sages, pour consacrer mon énergie à ce qui certes me fait manger, mais me grignote aussi allègrement ! Le temps, ce n’est pas de l’argent. Car ce temps que je perds, contrairement à l’argent, personne ne pourra le récupérer. Ni moi ni personne d’autre.
Le temps file. Mes désirs aussi. Je n’ai pas envie de me réveiller vieille, bourrelée de remords. Je veux faire le contraire de ce que je préconise. Sans états d’âme.
Nous sommes vendredi soir, j’ai pris le temps de me poser, de rédiger ce petit texte. Je vais le publier puis aller lire. Tranquillement. Sereinement. En savourant chaque phrase, en les relisant plusieurs fois s’il le faut, juste pour le plaisir… Pour tuer le temps…

samedi 15 novembre 2008

Rouge

L’encre rouge s’échappe de mon stylo comme le sang d’une plaie ouverte.

Elle tranche avec le blanc de la feuille, elle s’y enfonce profondément. Sans violence, mais de façon définitive, indélébile.
C’est le rouge sanction, le rouge couperet, celui que je m’oblige à apposer sur les copies, celui que les élèves attendent, celui auquel ils sont habitués depuis leur plus tendre enfance. Car ils l’attendent, le verdict. La note. Je me dois de répondre à leur attente. Je dois évaluer, jauger, juger. J’ai signé cette sorte de contrat avec eux et il me faut l’honorer.
Que cette exigence me pèse ! Mes élèves sont comme formatés, programmés pour être jugés. Cette encre rouge, pourtant fortement connotée, non seulement ils l’acceptent, mais ils la désirent ardemment. Souvent, je m’interroge sur ce décalage, sur ce fossé qui se creuse entre eux et moi. Que signifie au juste ce rouge sur leur copie ? Pas seulement une note, pas seulement une observation. Un besoin de reconnaissance ? La preuve que leur prose est lue et entendue ? Qu’ils ne se donnent pas du mal pour rien ? Je ne sais… peut-être pour toutes ces raisons à la fois…

L’encre rouge a coulé sur mes doigts. Elle s’infiltre dans ma chair comme le doute dans mon esprit.

vendredi 14 novembre 2008

Pourquoi ?

Pourquoi écrire, se demande à une juste titre une amie blogueuse ? J’avais plein d’idées sur la question jusqu’à ce soir. Des idées positives et constructives.
Ces idées, elles sont bonnes à jeter. De la foutaise.
Moi, je croyais que les écrits avaient une certaine valeur, qu’ils étaient le signe d’un engagement, l’équivalent d’une parole donnée, d’une parole d’honneur. Qu’ils étaient crédibles et fiables. Qu’ils étaient faits pour durer.
Je me suis trompée. Du moins, c’est que m’on explique aujourd’hui. « Ce que j’écris ne m’engage qu’au moment où je l’écris. Dès que j’ai levé la plume, mon texte ne vaut plus rien. Il est périmé. Je peux soutenir que ce que j’ai écrit il y a un instant n’est déjà plus valable. En entreprise, c’est comme ça. »
"En entreprise, c'est comme ça...". Aurais-je loupé une étape ? Les écrits professionnels, finalement, ne seraient-ils que du vent ? du dérisoire ? une imposture ?
Passerais-je mes journées à donner des conseils sur du rien ? sur du vide ? Mon boulot ne serait-il qu’une mascarade, une vaste fumisterie ?
Je ne peux me résoudre à répondre à ces questions. Je veux rester naïve, je veux croire au pouvoir des mots, même en entreprise.
J’y verrai peut-être plus clair demain. Moi qui ne crois pas aux dictons, je vais me laisser convaincre par celui qui raconte que la nuit porte conseil. Demain, il fera jour. Demain, j’y verrai sans doute plus clair. Demain me dira si mon texte de ce soir est caduc...

mercredi 8 octobre 2008

De la modestie, que diable !

Avant, on était "instituteur" ou " maître". Maintenant, on est "professeur des écoles".
Avant, on était "balayeur" ou "caissière", aujourd’hui, "technicien de surface" ou "hôtesse de caisse".
Je peux comprendre que ledit "technicien de surface" préfère cette appellation plus valorisante, plus respectable aussi - même s'il n'a rien demandé ! Cette locution, quoiqu’elle fasse sourire, donne du corps à ce métier.
Mais quand j’entends un vendeur de cuisines, imbu de lui-même, un aigrefin de premier choix, se vanter d’être "décorateur", là je m’insurge ! Car, à décoration, j’associe goût, raffinement, voire art… et non arrogance, flagornerie et gribouillage !

samedi 20 septembre 2008

Jamais content !

Alain, merci ! Le titre de votre chanson exprime parfaitement ce que j’ai à dire. Pourquoi chercher midi à quatorze heures ?
Ces temps-ci, je ne sais pourquoi, à chaque fois que je croise une connaissance, j’entends la même litanie : j’en ai marre de mon boulot… j’me plais pas à Brest, j’veux r’tourner à Paris… je suis hyper déçue, je voulais une fille, ce sera un garçon… et patati et patata… Ils ne sont jamais contents, j’vous dis !
Bien sûr, on peut avoir des regrets. Bien sûr, on peut être déçu. Bien sûr, on peut avoir très envie de prendre ses cliques et ses claques et brandir cette éventualité comme une menace. Mais qu’y puis-je ? Pas grand-chose. Ah si ! je peux vous écouter, vous entendre, opiner du chef d’un air compatissant… et quelque peu hypocrite… Je peux même amorcer un début de conversation, histoire de tisser un fil ténu entre nous, histoire de ne pas rompre le vrai dialogue qui, peut-être, est sur le point s’installer… J’y crois encore, je me dis qu’il est dans l’intérêt de tous de « positiver ». Alors, je vous adresse un sourire, même si cette idée, à moi, ne me sourit guère, je m’approche de vous, je tente l’humour policé, la boutade gentille et légère, et puis… et puis… zut ! J’abandonne – intérieurement – et je prends congé, contrariée. Bravo ! vous avez gagné ! Vous avez réussi à me communiquer votre blues. Vous l’ignorez, mais je vous en veux. Et je m’en veux aussi. Pourquoi vos propos ne glissent-ils pas sur moi comme la savonnette sur la peau ? Pourquoi faut-il donc que vos plaintes trottinent dans ma tête ? Serait-il possible de trouver sur mon chemin quelque nature optimiste, qui sache tout du moins apprécier les petits cadeaux que la vie offre, de temps en temps, à qui sait les recevoir ? Serait-il possible que vous laissiez de côté vos soucis, si légitimes soient-ils, et que vous ne m’en fassiez point profiter ? Car, égoïstement, j’ai besoin de vos sourires, de vos visages familiers qui me rappellent que j’existe dans ce bas monde.
J’ai bien envie de signer un pacte avec vous : d’abord, soyons heureux de nous revoir, souriez-moi. Puis, éventuellement, si vous ne pouvez faire autrement, livrez-moi le fond de vos pensées, un peu seulement, juste un peu… La rue n’est pas propice aux confidences…

mercredi 2 juillet 2008

« C’est trop bien, l’école : aujourd’hui, on fait ce qu’on veut ! »

Fin d’année, fin de programme, fin de bachotage, fin d’angoisse, fin de match…
Drôle d’ambiance dans les écoles, où les salles de cours se muent en salles de jeux, où la récréation dure toute la journée.
Curieux mélange de discipline et de relâche, de gaieté et de regret, de rires et de larmes. Sensation bizarre de nager entre deux eaux, d’être encore là et déjà parti vers de nouvelles aventures.
Impression étrange de ne plus se sentir à sa place dans cette école ou dans ce collège, lieu habituel d’apprentissage, de labeur et parfois de souffrance, devenu pour quelques jours un espace de loisir, de détente voire de liberté… Un temps où chacun, élève ou enseignant, tout en gardant ses prérogatives, peut s’essayer à un nouveau rôle, dévoiler une autre facette de sa personnalité, lever le masque…
Une parenthèse s’ouvre, elle se fermera au moment opportun. D’ici là, chacun aura goûté les charmes de l’été, découvert de nouveaux horizons ou se sera simplement ressourcé et retrouvé.
Les écoles pourront alors rouvrir leurs portes et les enfants, leurs livres…

Une absence qui mord

  Il ne pensait qu’à une seule chose, s’évader. Cette envie était blottie au fond de lui, tapie tel un prédateur guettant sa proie. Depuis q...