samedi 15 novembre 2008

Rouge

L’encre rouge s’échappe de mon stylo comme le sang d’une plaie ouverte.

Elle tranche avec le blanc de la feuille, elle s’y enfonce profondément. Sans violence, mais de façon définitive, indélébile.
C’est le rouge sanction, le rouge couperet, celui que je m’oblige à apposer sur les copies, celui que les élèves attendent, celui auquel ils sont habitués depuis leur plus tendre enfance. Car ils l’attendent, le verdict. La note. Je me dois de répondre à leur attente. Je dois évaluer, jauger, juger. J’ai signé cette sorte de contrat avec eux et il me faut l’honorer.
Que cette exigence me pèse ! Mes élèves sont comme formatés, programmés pour être jugés. Cette encre rouge, pourtant fortement connotée, non seulement ils l’acceptent, mais ils la désirent ardemment. Souvent, je m’interroge sur ce décalage, sur ce fossé qui se creuse entre eux et moi. Que signifie au juste ce rouge sur leur copie ? Pas seulement une note, pas seulement une observation. Un besoin de reconnaissance ? La preuve que leur prose est lue et entendue ? Qu’ils ne se donnent pas du mal pour rien ? Je ne sais… peut-être pour toutes ces raisons à la fois…

L’encre rouge a coulé sur mes doigts. Elle s’infiltre dans ma chair comme le doute dans mon esprit.

vendredi 14 novembre 2008

Pourquoi ?

Pourquoi écrire, se demande à une juste titre une amie blogueuse ? J’avais plein d’idées sur la question jusqu’à ce soir. Des idées positives et constructives.
Ces idées, elles sont bonnes à jeter. De la foutaise.
Moi, je croyais que les écrits avaient une certaine valeur, qu’ils étaient le signe d’un engagement, l’équivalent d’une parole donnée, d’une parole d’honneur. Qu’ils étaient crédibles et fiables. Qu’ils étaient faits pour durer.
Je me suis trompée. Du moins, c’est que m’on explique aujourd’hui. « Ce que j’écris ne m’engage qu’au moment où je l’écris. Dès que j’ai levé la plume, mon texte ne vaut plus rien. Il est périmé. Je peux soutenir que ce que j’ai écrit il y a un instant n’est déjà plus valable. En entreprise, c’est comme ça. »
"En entreprise, c'est comme ça...". Aurais-je loupé une étape ? Les écrits professionnels, finalement, ne seraient-ils que du vent ? du dérisoire ? une imposture ?
Passerais-je mes journées à donner des conseils sur du rien ? sur du vide ? Mon boulot ne serait-il qu’une mascarade, une vaste fumisterie ?
Je ne peux me résoudre à répondre à ces questions. Je veux rester naïve, je veux croire au pouvoir des mots, même en entreprise.
J’y verrai peut-être plus clair demain. Moi qui ne crois pas aux dictons, je vais me laisser convaincre par celui qui raconte que la nuit porte conseil. Demain, il fera jour. Demain, j’y verrai sans doute plus clair. Demain me dira si mon texte de ce soir est caduc...

mardi 11 novembre 2008

La chute

Doucement, elle tourne sur elle-même. Lentement, elle entame sa descente, au ralenti. Légèrement, elle frôle la vitre, hésite un instant, semble se raviser, effleure le rebord de la fenêtre, puis se pose délicatement sur le goudron humide. Mes yeux, un peu hagards, un peu rêveurs, l’ont accompagnée dans sa chute. Sa rousseur, sa tonalité chatoyante me séduisent. Novembre, sombre et mélancolique, perd ses atouts un à un. Elle gît maintenant à mes pieds, penaude, tout étonnée de se retrouver là, devant la porte entrouverte. Elle se fige, semble me toiser, puis tout à coup se décide : elle franchit le seuil. Avant de tirer son ultime révérence, la feuille du vieux chêne tente une dernière expérience : s’inviter à l’intérieur de la maison et satisfaire sa curiosité. Tout l’été, elle y a songé. Elle a patienté jusqu’à l’automne, son vœu est enfin exaucé. Elle peut partir tranquille, maintenant…

mardi 21 octobre 2008

Yalla !

Elle aurait eu bientôt cent ans. Le mois prochain, précisément. Chaleureuse, déterminée, pugnace, incroyablement lucide, guidée par le respect de l’autre, le partage et la solidarité, viscéralement humaine, cette femme a passé sa vie à s’acharner contre la misère.
Une religieuse à l’ouverture d’esprit remarquable, une femme engagée, une femme tout court qui donnait envie de croire en l’être humain.
Si la beauté avait un visage, ne serait-ce pas le sien ?

dimanche 12 octobre 2008

La vérité sort de la bouche des enfants


- Mon bonhomme, tu ne trouves pas que tu chantes faux ?

- Ah non ! je ne chante pas faux, je chante vrai !

mercredi 8 octobre 2008

De la modestie, que diable !

Avant, on était "instituteur" ou " maître". Maintenant, on est "professeur des écoles".
Avant, on était "balayeur" ou "caissière", aujourd’hui, "technicien de surface" ou "hôtesse de caisse".
Je peux comprendre que ledit "technicien de surface" préfère cette appellation plus valorisante, plus respectable aussi - même s'il n'a rien demandé ! Cette locution, quoiqu’elle fasse sourire, donne du corps à ce métier.
Mais quand j’entends un vendeur de cuisines, imbu de lui-même, un aigrefin de premier choix, se vanter d’être "décorateur", là je m’insurge ! Car, à décoration, j’associe goût, raffinement, voire art… et non arrogance, flagornerie et gribouillage !

mardi 30 septembre 2008

Alléluia


Dernier dimanche de septembre, il est 10h30, les cloches sonnent à toute volée, faisant définitivement sortir de leur torpeur les derniers adeptes de la grasse matinée.
Des personnes d’un âge respectable, pour ne pas dire canonique, se pressent à l’entrée de l’église afin de ne pas manquer le début de la messe, que dis-je, de la grand-messe de rentrée.
Des familles sur leur trente et un, robe à col Claudine pour les petites filles, gilet chic pour leurs frères, entrent sagement aux côtés de leurs parents, tout aussi collet monté.
Tout ce beau monde prend place, non sans avoir pris soin auparavant de saluer charitablement quelques connaissances.
Les curés, j’en compte au moins cinq, sont en retrait, discrets, tandis que musiciens, catéchistes et enfants de chœur s’affairent autour de l’autel.
Et c’est parti pour une heure et demie ! Prières, homélies, chants habituels, paroles melliflues bercent l’assemblée. Les fidèles sont ravis, le soleil darde ses rayons dans la nef, comme pour réchauffer vieux os et vieilles pierres. Pour un peu, je m’endormirais… quand tout à coup, une petite voix me susurre à l’oreille : « tu ne trouves pas que ça sent bizarre ? On dirait des épices… ».
- C’est de l’encens…
- Ah !… j’aime pas cette odeur.
Moi non plus, je n’aime pas ces effluves âcres. Je me contente de sourire.
Arrive enfin le moment de la délivrance, de la communion, pardon ! Et avec votre esprit… Je songe au moment où la porte va s’ouvrir de nouveau, où le prêtre va laisser s’échapper ses ouailles, lorsqu’une autre petite voix, toute fluette, s’élève au bout du rang :
- Dis maman, pourquoi eux, ils ont le droit de manger un gâteau et pas moi ?…
Ça y’est ! les portes s’ouvrent, les fauves sont lâchés. Certains jouent des coudes pour se frayer un chemin jusqu’aux tables disposées à l’entrée, sur lesquelles gourmandises salées et sucrées ainsi que breuvages divins les attendent.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour… Voilà que je retrouve à la boulangerie les paroissiens qui ont dédaigné le pot de l’amitié… « Alors, c’était beau, hein ?… Vous avez vu madame Machin ?… Mais si ! elle était à côté de monsieur Truc… »

J’ai porté ma croix, j’ai fait ma BA – c’était le jour où jamais – amen !

Une absence qui mord

  Il ne pensait qu’à une seule chose, s’évader. Cette envie était blottie au fond de lui, tapie tel un prédateur guettant sa proie. Depuis q...