Alain, merci ! Le titre de votre chanson exprime parfaitement ce que j’ai à dire. Pourquoi chercher midi à quatorze heures ?
Ces temps-ci, je ne sais pourquoi, à chaque fois que je croise une connaissance, j’entends la même litanie : j’en ai marre de mon boulot… j’me plais pas à Brest, j’veux r’tourner à Paris… je suis hyper déçue, je voulais une fille, ce sera un garçon… et patati et patata… Ils ne sont jamais contents, j’vous dis !
Bien sûr, on peut avoir des regrets. Bien sûr, on peut être déçu. Bien sûr, on peut avoir très envie de prendre ses cliques et ses claques et brandir cette éventualité comme une menace. Mais qu’y puis-je ? Pas grand-chose. Ah si ! je peux vous écouter, vous entendre, opiner du chef d’un air compatissant… et quelque peu hypocrite… Je peux même amorcer un début de conversation, histoire de tisser un fil ténu entre nous, histoire de ne pas rompre le vrai dialogue qui, peut-être, est sur le point s’installer… J’y crois encore, je me dis qu’il est dans l’intérêt de tous de « positiver ». Alors, je vous adresse un sourire, même si cette idée, à moi, ne me sourit guère, je m’approche de vous, je tente l’humour policé, la boutade gentille et légère, et puis… et puis… zut ! J’abandonne – intérieurement – et je prends congé, contrariée. Bravo ! vous avez gagné ! Vous avez réussi à me communiquer votre blues. Vous l’ignorez, mais je vous en veux. Et je m’en veux aussi. Pourquoi vos propos ne glissent-ils pas sur moi comme la savonnette sur la peau ? Pourquoi faut-il donc que vos plaintes trottinent dans ma tête ? Serait-il possible de trouver sur mon chemin quelque nature optimiste, qui sache tout du moins apprécier les petits cadeaux que la vie offre, de temps en temps, à qui sait les recevoir ? Serait-il possible que vous laissiez de côté vos soucis, si légitimes soient-ils, et que vous ne m’en fassiez point profiter ? Car, égoïstement, j’ai besoin de vos sourires, de vos visages familiers qui me rappellent que j’existe dans ce bas monde.
J’ai bien envie de signer un pacte avec vous : d’abord, soyons heureux de nous revoir, souriez-moi. Puis, éventuellement, si vous ne pouvez faire autrement, livrez-moi le fond de vos pensées, un peu seulement, juste un peu… La rue n’est pas propice aux confidences…