mardi 8 décembre 2009

Les mots ont la vie dure !

Qui a lu « 99 mots et expressions à foutre à la poubelle ? » de Jean-Loup Chiflet ?
J’ai entendu cet auteur s’exprimer sur les ondes un dimanche matin alors même que je venais de pester, quelques minutes plus tôt, à l’écoute d’un énième « au jour d’aujourd’hui ».
Comme nous aimons les redondances et autres pléonasmes ! Comme nous nous gargarisons de formules creuses, inutiles voire pédantes ! Pourquoi cet étalage ? Pourquoi cette hypertrophie langagière ? Pour en mettre plein la vue, pour épater la galerie… Pour faire prendre l’air à quelques expressions blotties au fond de notre besace… dont nous avons parfois perdu le sens originel…
Car les pléonasmes ne sont pas les seuls parasites : certains mots, qui n’ont rien demandé, sont malmenés, torturés à qui mieux mieux, pendant un temps. Victimes de la mode, ils surgissent soudain, sans crier gare, et sont exhibés à tout bout de champ, d’abord par tous ceux qui peuvent se faire entendre – journalistes, politiques, artistes, etc. – puis par tous les autres. Ces mots connaissent la gloire pendant quelques mois, puis s’évaporent doucement. Ils savent qu’ils réapparaîtront un jour ou l’autre, la mode étant un éternel recommencement…
Ainsi, combien de « et en même temps » avons-nous dû subir ? Et de « comme vous le savez » ? Sans compter les « improbables » associations de couleurs, les « improbables » retours de célébrités jetées aux oubliettes, les « improbables » rumeurs autour de tel ou tel sportif…
Ces mots et ces expressions ont la vie dure : leur signification change, amorce des virages plus ou moins bien négociés. La locution « et en même temps » était avant tout une affaire… de temps ! D’abord expression de la simultanéité, elle a bifurqué depuis vers celle de l’opposition. Lorsque nous disons d’un collègue qu’il « est sympa et en même temps, un peu lèche-botte », nous évitons soigneusement le « mais » ou le « cependant ». Sans doute n’osons-nous plus trancher. Sans doute parler franchement est-il un défi difficile à relever…
Quoi qu’il en soit, nos pauvres mots souffrent. Ils me font pitié parfois, j’ai de la peine quand ils sont rudoyés MAIS ils sont vivants ! Au fond, n’est-ce pas là l’important ?

jeudi 5 novembre 2009

De l'air !

D’ordinaire, le vent m’agace et m’électrise. Je le déteste par-dessus tout quand Il montre son visage nocturne : il me tient éveillée, m’oblige à l’écouter, me rend nerveuse sans que je sache vraiment pourquoi. Il secoue ma fenêtre, s’engouffre dans le moindre interstice effrontément, avec un sifflement parfois lugubre. Il ricane, s’amuse du désordre qu’il provoque et souvent ne s’apaise qu’au petit matin, juste pour me laisser fermer les yeux, enfin délivrée, pendant une heure ou deux.
Cependant, ces jours et ces nuits-ci, je le remercie, le vent. Tel un grand éclat de rire, il vient secouer mes inquiétudes, il fait le ménage en moi, me dépoussière, me vaccine contre ces maux que sont l’angoisse ou la colère larvée. Ce vent purgatif, cathartique même, j’en ai vraiment besoin. Quand il s’accompagne de violentes trombes d’eau, il rafraîchit mes idées et emporte avec lui des lambeaux de ce courroux qui me ronge. Des lambeaux seulement, car dès qu’il s’affaiblit, ce vent si salutaire laisse la place à une accalmie trompeuse, qui ne demande qu’à se nourrir de tourments et de non-dits destructeurs.
Une envie forte de ménage d’automne me taraude. Une envie de changer d’air, mais pas de jouer la fille de l’air et m’enfuir, ni de brasser de l’air jusqu’à l’épuisement. Non, plutôt la volonté d’assainir l’air que je respire, de le purifier pour m’y sentir libre. Le courage d’exprimer à voix haute et intelligible, tant qu’il en est encore temps, ce que je pense être juste. Le courage d’abandonner provisoirement ma plume pour faire entendre ma voix… d'affronter le mensonge et la mauvaise foi pour faire éclater la vérité... Avec un bon bol d’air, ce devrait être possible !

mercredi 28 octobre 2009

Gourmandise

Lors d’un bel après-midi d’automne, au sein d’un parc d’attractions fort agréable situé en pleine campagne, me voici attablée, dégustant un café crème, perdue dans mes rêveries. C’est le moment de la pause pour petits et grands. D’aucuns sirotent, d’aucuns grignotent…
En face de moi, un jeune couple, vingt ans tout au plus, prend place avec deux garçons de 14/15 ans, petits frères de la jeune fille. Le jeune tourtereau, avec ses chaussures blanches impeccables, contemple son amie, une jolie fille callipyge, aux formes plantureuses, avec tendresse et appétit. Il la regarde se régaler d’un chocolat chaud – elle n’a besoin de rien d’autre – et observe les deux adolescents, qui eux aussi avalent leur chocolat, pressés de retourner s’amuser dans le parc.
Je suis étonnée du sérieux du jeune couple, de sa façon de se comporter avec les deux plus jeunes, alliant pondération, gentillesse et fermeté. Leur attitude semble en décalage avec leur âge et je me dis que finalement, cette scène est à la fois réconfortante et insolite, en opposition radicale avec la grossièreté de propos entendus de-ci de-là.
Les deux adolescents quittent le couple après un « merci » qui là encore peut surprendre. Le jeune homme chuchote à l’oreille de sa belle et, après un baiser furtif, se rend au comptoir. Il en revient quelques minutes plus tard avec deux crêpes au chocolat, qui bientôt ne sont plus qu’un souvenir.
« La jeunesse est gourmande », me dis-je, amusée d’autant de voracité. Je repars dans mes pensées, regardant autour de moi les enfants se bousculer et crier à l’envi. Une voix dans mon dos soudain m’interpelle. Cette voix, après un « combien je vous dois ? » s’éloigne pour retourner s’asseoir près de son âme sœur. Et là, surprise ! La demoiselle, qui tout à l’heure déclarait ne pas avoir faim, et son galant amoureux se jettent goulûment sur une énorme barquette de frites, copieusement arrosées de mayonnaise. Je ne peux réprimer un haut-le-cœur. Pourquoi tant de gloutonnerie ? Que leur arrive-t-il à ces deux là, eux si rangés, si réfléchis avant le départ des deux petits frères ? Que cache cette gloutonnerie soudaine ? Rien, sans doute. Je dois me faire des idées, j’échafaude sans nul doute d’improbables hypothèses…
Le couple se lève, jette consciencieusement ses déchets dans la poubelle prévue à cet effet et s’éloigne doucement.
Je les retrouverai un peu plus tard, lui, assis à même le sol en train d’admirer son amie, elle s’essayant à un exercice périlleux, réservé d’ordinaire aux jeunes enfants, avec une souplesse surprenante.
La gourmandise donne des ailes…

jeudi 8 octobre 2009

Hallucinations


« Expression ovale », « savate composée », « cachot d’aspirine »…, j’hallucine vraiment !
Depuis l’aube, je prends un mot pour un autre… et j’en suis tout juste étonnée.
Mes yeux voient ce qu’ils ont envie de voir, sans me consulter… et j’en suis contrariée.
Alors je m’enferme à nouveau dans une espèce de brouillard cafardeux, la tête lourde, lourde… comme coincée dans un casque trop petit… Tic tac, tic tac… mon sang tambourine contre mes tempes, en cadence… J’entre dans la danse, fébrile… je ne suis plus moi… céphalée, céphalée, joli mot, douces sonorités…
Céphalée, céphalée, s’il te plaît, laisse-moi m’éveiller…

mercredi 30 septembre 2009

Accalmie


Comme tous les ans à même époque, l’église du quartier ouvre ses portes à l’occasion de la « messe des familles ». Comme tous les ans, vrais et faux dévots, apprentis communiants et parents zélés, cohorte de prêtres d’un âge certain – où est-elle, la relève ? – tous se rassemblent dans un esprit fraternel et convivial. Eh oui, je dois bien l’admettre, même si cet aveu me coûte, cette messe-là a une saveur particulière. En dehors de toute considération sur la foi religieuse et sa mise en scène, j’ai l’impression, pendant quelques minutes, de baigner dans un climat apaisant, non anxiogène. Surtout en cette période trouble et morose, entretenue par des médias qui se plaisent à jouer avec les nerfs de tous, anonymes et célébrités et quand afficher un sourire sincère, qui se veut un pied de nez à tous les moralisateurs rabat-joie, est vécu comme une hideuse provocation – ben oui, M’dame, c’est bien connu, c’est en portant la misère du monde sur son dos qu’on aide son prochain !
Donc, cette messe a non seulement été plus « supportable » que je ne l’aurais imaginé, mais en plus, elle m’a donné matière à réflexion. Nous sommes tous des frères et, à ce titre, à la fin de ladite messe, nous serrons chaleureusement les mains de tous ceux qui nous entourent et nous pouvons même les embrasser. Et alors, fi de la grippe A, fi des gestes censés nous préserver de toute contamination ! Inconscience, rébellion ou indifférence, alors que dans les établissements scolaires, les entreprises, les lieux publics, les salles d’attente des médecins, bref partout ailleurs, nous apprenons encore et toujours à nous méfier des autres, voire à les fuir ? Décidément, l’Eglise me surprendra toujours !

mardi 15 septembre 2009

Nessie


Quand rien ne va plus,
Quand vous n’arrivez plus à concrétiser vos projets,
Quand vous rencontrez sur votre route plus d’obstacles que d'appuis,
Quand des esprits malins s’amusent à semer votre parcours d’embûches,
Quand votre loyauté est bafouée,
Quand on rit de votre conscience professionnelle,
Quand vous tirez la sonnette d’alarme et qu’elle reste muette,
Quand vous recevez un appel au secours et que vous vous sentez impuissant,
Quand vous ne trouvez plus les mots qui apaisent,
Que faites-vous ? Que pouvez-vous faire ?
J’en connais qui pleurent, qui crient, qui se rendent malades, qui capitulent,
D’autres encore qui se battent contre vents et marées,
D’autres qui consultent des voyants ou des marabouts…
Pour sortir de l’errance et du pétrin,
A chacun sa méthode, à chacun ses démons, à chacun son Nessie !

lundi 24 août 2009

M & S



Marks & Spencer à Londres, Marks & Spencer à Edimbourg, Marks & Spencer vêtements, Marks & Spencer alimentation… Nous ne pouvons quitter le sol britannique sans poser un orteil dans cette institution qu’est M & S. Nous jetons donc un œil aux rayons vestimentaires. Rien d’exceptionnel ne retient notre attention, hormis celui destiné aux écoliers : jupes et robes grises, chemisiers blancs et gilets tristounets pour les filles, pantalons gris, noirs ou encore bleu marine assortis à des blazers stricts pour les garçons. Ces school uniforms ne rencontrent pas un franc succès auprès de notre écolier… français, c’est le moins qu’on puisse dire !
Notre curiosité satisfaite, nous nous dirigeons vers la sortie lorsque nous tombons sur la cafeteria de ce M & S. Simply food… Il est midi, l’endroit est agréable, nous nous laissons tenter. Nous voilà donc sur des mange-debout… assis, dévorant notre croque-monsieur aux champignons M & S – plutôt bon, ma foi – le nez dans la layette bleue et rose du rayon bébé qui nous fait face. Ainsi juchés sur nos perchoirs, nous tournons le dos aux autres affamés qui, eux, sont attablés. C’est alors qu’une petite mamie, toute menue, toute chétive, passe devant nous et se dirige vers le comptoir pour commander sa pitance. Je trouve rigolote cette grand-mère qui conjugue si bien fragilité et détermination. Je la suis des yeux quelques instants puis, ayant achevé d’engloutir mon croque-monsieur, je me retourne pour jeter un œil à nos voisins. Et là, stupeur (sans tremblements) ! Je les imaginais jeunes, globe-trotters, touristes… Ma vision est tout autre : des mamies, rien que des mamies, seules ou accompagnées d’amies d’un âge certain, vêtues de blanc, de bleu et de rose. Mazette ! Cette cafeteria M & S est bel et bien le repaire des grand-mères édimbourgeoises... Je regarde effrontément dans leurs assiettes et y vois des croque-monsieur de toutes sortes. Des plateaux superposés remplis de gâteaux colorés et des tasses de thé, apportés par des serveurs zélés, complètent le tableau. Amusée, j’observe ces grand-mères grignotant délicatement leurs victuailles, avec raffinement mais persévérance. Scène singulière, so delicious grandmothers…

Une absence qui mord

  Il ne pensait qu’à une seule chose, s’évader. Cette envie était blottie au fond de lui, tapie tel un prédateur guettant sa proie. Depuis q...